Ambroise PARÉ  

 

Le rédacteur du Journal du siège de Metz de 1552 nous parle d'Ambroise Paré ;


"Quoique né à Laval dans la province du Maine...il est regardé comme appartenant à notre pays par la participation qu'il a prise dans cette action mémorable..."

Lorsque Ambroise Paré pénètre dans Metz assiégée par les troupes impériales de Charles Quint, il jouit déjà d'un grand prestige. Il est médecin, ami de Vésale, partisan de l'utilisation du français dans l'enseignement de la médecine ( et non plus du latin...).

Il a déjà mis au point des techniques chirurgicales innovantes : ses compétences le font devenir chirurgien des rois et c'est au service du roi Henri II au siège de Damvillers près de Verdun qu'Ambroise Paré pratique la première amputation avec ligature d'artère avec "un bout de fil qui sort en double".
Il quitte alors le Roi pour rejoindre le siège de Metz, "le plus beau siège qui fut jamais..."dixit Brantôme, le chroniqueur contemporain.


Lorsque Ambroise Paré arrive à Metz pendant l'hiver 1552, le Duc François de GuiseLe Duc de Guise est enfermé dans la ville qu'il a remarquablement protégée.

L'armée de Charles Quint est bien mal en point : la peste, nous dira A. Paré, ( en fait plutôt le typhus) ravage les troupes impériales.

Ambroise Paré remonte le moral des troupes françaises : "nous ne risquons plus de mourir de nos blessures puisque Paré est parmi nous..." De plus on pensait à Metz que les blessés mouraient car soignés avec des drogues empoisonnées : en fait précise A. Paré "il n'y avait aucun poison mais les grands coups de coutelas et d'arquebuses étaient en cause..."

Ambroise Paré met en place un hôpital de fortune et pratique de nombreuses interventions chirurgicales. "Pour panser les blessés, c'était à moi de courir ", avec toujours à l'esprit la devise devenue célèbre "Je le pensay...Dieu le guarist"
"Nos bien aimés impériaux s'en allèrent de devant Metz qui fut le lendemain de Noël au grand contentement des assiègés... toutefois ne s'en allèrent pas tous... Ils laissèrent en l'abbaye de St Arnould beaucoup de leurs soldats blessés qu'ils n'eurent moyen de faire emmener..."
A. Paré, encouragé par le duc de Guise, soigne les soldats des deux camps aussi bien qu'il le peut...

Toutes les maladies (typhus, dysenteries, etc...) contractées par les assiégeants et les assiégés déferlent sur la ville de Metz . Le conseil de la ville songe à établir une Faculté de médecine permettant de former un corps médical compétent.
Charles III, duc de Lorraine, exige son installation à Nancy. Un compromis est à l'origine de son installation à Pont-à-Mousson : elle y restera deux siècles...

Ambroise Paré raconte son voyage à Metz ...

Ambroise Paré qui a déjà soigné le "Balafré", le duc de Guise au siège de Calais le retrouve à Metz qu'assiége Charles Quint.
L'empereur ayant assiégé Metz avec plus de cent vingt mille hommes et au plus fort de l'hiver, il y avait dans la ville de cinq à six mille hommes, parmi lesquels sept princes et plusieurs gentilshommes avec bon nombre de vieux capitaines et gens de guerre qui faisaient souvent des sorties vers les ennemis.

Nos blessés mouraient pratiquement tous au point qu'on pensait que les drogues qui les soignaient étaient empoisonnées. Ceci amena monsieur de Guise et messieurs les princes à demander au Roi s'il était possible de m'envoyer vers eux avec des médications.

Je crois qu'il n'y avait aucunpoison : de grands coups de coutelas, et d'arquebuses, le froid extrême,étaient cause des décès. Le Roi fit écrire à monsieur le maréchal de Saint-André, qui était son lieutenant à Verdun, de trouver le moyen de me faire entrer à Metz par quelque façon que ce fût.

Le maréchal St-André et le maréchal de Vieille Ville soudoyèrent un capitaine italien qui promit de me faire entrer, ce qu'il fit pour quinze cents écus.

Quand nous fûmes à huit ou dix lieues de Metz nous marchâmes de nuit. Approchant du camp je vis à plus d'une lieue et demie des feux allumés autour de la ville, qui faisaient croire que toute la terre brûlait. Dieu mena si bien notre affaire que nous entrâmes dans la ville à minuit à un certain signal échangé entre le capitaine et un autre capitaine de la compagnie de Monsieur de Guise.
J'allai trouver celui-ci dans son lit. Il me reçut de bonne grâce, heureux de mon arrivée.

A.Paré - " Voyage de Mets " - 1552

 

Ambroise Paré (1509 - 1590) est l'une des personnalités marquantes de la Renaissance en Europe. Né à Laval (dans le Maine) en 1509, apprenti barbier à l'instruction plutôt sommaire, Ambroise Paré quitte tôt sa ville natale pour chercher fortune à Paris. Ignorant le latin et le grec, mais curieux de tout, il exerce divers métiers avant de faire un long stage de barbier à l'Hôtel-Dieu de Paris.

A l'époque, les chirurgiens, aspirant à élever leur prestige au rang des médecins, avaient décidé de ne plus pratiquer d'interventions "déshonorantes" et avaient abandonné la petite chirurgie aux barbiers. Ceux-ci ne se contentaient pas de tailler les barbes; ils pansaient les plaies, incisaient les abcès, soignaient excroissances et ulcères. Ils n'étaient plus de simples boutiquiers, la Faculté de Médecine avait consenti dès le début du XVIe siècle à organiser certains cours à leur intention. Fort de sa première expérience de barbier à l'Hôtel-Dieu, Ambroise Paré entame une carrière de chirurgien barbier militaire en 1537. Il parcourt la France en tous sens avec les armées en campagne. En 1540, son statut évolue; il est maître-barbier chirurgien.

Une dizaine d'années plus tard, le Collège de Saint-Côme lui confère le titre de maître en chirurgie. Cette reconnaissance académique n'empêche nullement une ascension sociale d'un autre ordre. Remarqué pour les services qu'il rend aux grands capitaines des armées, Paré est appelé aux côtés du roi Henri II à partir de 1551. Il restera pendant près de trente ans le chirurgien ordinaire, puis le premier chirurgien de quatre rois de France : Henri II, François II, Charles IX et Henri III.

Père de la chirurgie moderne, humaniste et contemporain d'Erasme et de Vésale, le célèbre praticien s'est notamment illustré dans la région de Mons. Lors d'un long séjour à Havré en 1569, il soigne et guérit le jeune marquis de Croi, atteint d'un méchant coup d'arquebuse qui lui avait lacéré le genou. Il en profite pour visiter et décrire la région, pour panser et soigner à Havré et à Mons les notables comme les plus démunis.

Ambroise Paré, esprit indépendant et novateur, a su mettre en question les préceptes désuets des anciens; c'est à lui qu'on doit l'abandon de la cautérisation à l'huile bouillante des plaies de guerre. C'est lui aussi qui a introduit la ligature des artères lors des amputations.
Sa devise était :
" Labor improbus omnia vincit " ("Un travail acharné vient à bout de tout")



Le voyage en Flandres


(texte de la plume d’Ambroise Paré, publié en 1575, relatant le voyage de l’illustre chirurgien pendant l’hiver 1569-1570 dans la région de Mons, région alors désignée par extension sous le terme générique de " Flandres " ; en fait, l’essentiel de ce séjour s’est déroulé en Hainaut, à l’exception d’une brève excursion à Bruxelles et à Anvers)

(le français de l’époque, parsemé d’archaïsmes et traduisant une orthographe encore mal fixée, a été " traduit " en français contemporain)


Le Duc d’Ascot (Aerschot) envoya au roi un gentilhomme accompagné d’une lettre, pour le supplier humblement de me permettre d’aller voir le marquis d’Auret (Havré), son frère, qui avait reçu un coup d’arquebuse près du genou, avec fracture. Il y avait environ sept mois que les médecins et les chirurgiens se montraient incapables de le guérir. Je m’en allai donc, conduit par deux gentilshommes, au château d’Auret (Havré) qui est à une lieue et demie de Mons-en-Hainaut. Dès mon arrivée, je visitai le blessé, le trouvai avec une grosse fièvre, les yeux enfoncés, un visage de moribond, la langue sèche et aride, tout le corps émacié, la parole basse comme celle d’un homme tout près de la mort. Sa cuisse était enflée, ulcérée, et rejetait une sanie verdâtre et fétide. Il y avait une cavité près de l’aine finissant au milieu de la cuisse et d’autres autour du genou. Le blessé disait ressentir d’extrêmes douleurs ; il n’avait aucune envie de manger, mais seulement de boire. On me dit qu’il tombait souvent en défaillance de cœur et quelquefois comme en épilepsie. Il avait souvent envie de vomir avec un tel tremblement qu’il ne pouvait porter ses mains à sa bouche. Considérant tous ces signes, je regrettai d’être venu vers lui parce qu’il me paraissait avoir bien peu de chance d’échapper à la mort. Toutefois, je lui redonnai courage et m’en allai dans un jardin où je priai Dieu de me faire la grâce de le guérir. Après le dîner, tous les médecins et chirurgiens assemblés, nous tînmes une conférence en présence du Duc d’Ascot (Aerschot) et de quelques gentilshommes qui l’accompagnaient. Je commençai à dire aux chirurgiens que j’étais très étonné qu’ils n’aient fait aucune ouverture à la cuisse du marquis qui était tout abcédée. Ils me répondirent qu’il n’avait jamais voulu y consentir et qu’il y avait même près de deux mois qu’on n’avait pu changer les draps de son lit. On n’osait même pas toucher à la couverture tant il ressentait de douleur. Alors, je dis que pour le guérir, il fallait toucher autre chose que la couverture de son lit. Mon opinion était que tous les accidents provenaient du coup de boulet reçu près de la jointure du genou. Il avait rompu les ligaments, les tendons, les aponévroses des muscles qui lient cette jointure au fémur. Il fallait ouvrir pour donner issue à la sanie retenue entre les muscles. On commencerait par changer le malade de lit et lui donner une chemise et des draps propres. Autrement, tout ce qu’on pourrait lui faire ne servirait à rien. Je fus approuvé par tous et nous allâmes trouver le blessé. Je lui fis trois ouvertures à la cuisse, desquelles sortit une grande quantité de boue. Deux ou trois heures après, on l’installa dans un autre lit. Les jours suivants, je lui fis des injections au plus profond de la cavité des ulcères avec de l’égyptiac. Je le bandai si adroitement qu’il ne ressentit aucune douleur ; sa fièvre commença à diminuer. Je lui fis alors boire du vin mêlé d’eau sachant qu’il restaure et vivifie les forces. Le traitement dura environ deux mois et pendant ce temps-là, je vis plusieurs malades, tant riches que pauvres, qui venaient à moi de trois ou quatre lieues alentour. Le marquis donnait à manger et à boire aux nécessiteux et je n’en laissai pas partir un seul sans faire tout ce qui étaient en mon pouvoir.

Lorsque je vis que le marquis d’Auret (Havré) commençait à aller bien, je lui proposai des vielles et des violons et quelques farceurs pour le divertir, ce qu’il accepta. Au bout d’un mois, il pouvait s’asseoir, se promener et se faire porter à la porte de son jardin pour voir passer les gens. Les villageois des environs venaient danser et chanter, hommes et femmes, se réjouissant de son rétablissement. Il leur faisait donner une barrique de bière et ils buvaient à tire-larigot à sa santé. Il était très aimé, tant du peuple que de la noblesse, à cause de sa libéralité, de sa beauté et de son honnêteté.

Les principaux de la ville de Mons vinrent un samedi le supplier de me laisser aller dans leur ville où ils souhaitaient me fêter pour l’amour de lui. Le lendemain, ils vinrent me chercher et on m’honora beaucoup. Six semaines après, le marquis commença à se soutenir avec des béquilles, il engraissait et reprenait de belles couleurs. Le désir le prit d’aller à Beaumont où habitait le Duc d’Ascot (Aerschot) et il se fit porter dans une chaise à bras par six hommes de relais. Les paysans des villages que nous traversions, sachant que c’était Monsieur le Marquis, se disputaient pour le porter. Nous entrâmes au château et pendant trois jours entiers la maison fut ouverte. Après dîner, les gentilshommes couraient la bague et se battaient à l’épée. J’étais toujours au haut bout de la table et on essayait de m’enivrer, mais je ne bus pas plus que d’habitude. Quelques jours après, nous repartîmes. Je pris congé de la duchesse d’Ascot (Aerschot) qui retira un diamant de son doigt pour me le donner, en reconnaissance de la guérison de son frère. Ce diamant valait plus de cinquante écus. Monsieur d’Auret (Havré) se portait toujours de mieux en mieux et je lui demandai congé, lui démontrant que ce qu’il restait à faire à sa blessure, son médecin et son chirurgien le feraient aussi bien que moi.

Pour commencer à m’éloigner de lui, je le priai de me permettre d’aller voir la ville d’Anvers, ce qu’il m’accorda volontiers. Nous passâmes par Malines et Bruxelles et partout on me fit plus d’honneur que je ne le demandais. Cinq ou six jours après, le marquis me fit cadeau d’une grande valeur et me fit reconduire à Paris par son maître d’hôtel et deux pages.

Je me suis laissé dire que, depuis, les Espagnols ont ruiné et démoli son château d’Auret (Havré), saccagé, pillé et brûlé toutes les maisons lui appartenant parce qu’il n’avait pas voulu être de leur mauvais parti.



Ambroise Paré (1575)